La concentration des indices boursiers : un risque pour les investisseurs

Au cours de la dernière décennie, les marchés actions et surtout américains sont devenus de plus en plus concentrés.
Ainsi, le S&P 500 (indice américain) a progressé de plus de 23% en 2024 contre 6% pour le Stoxx 600 (indice européen). D’après Dow Jones, le marché actions américain représente une valeur de 63 trillions de dollars à fin 2024 (avec une progression de 11 trillions en 2024). Ainsi, les sociétés américaines représentent plus de 50% de la valeur du marché boursier mondial, contre 25% pour l’Europe, la Chine continentale et Hong Kong réunis. Plus spécifiquement pour le marché américain, les « 7 magnifiques » (les plus grandes valeurs technologiques américaines) ont représenté une capitalisation boursière de 17,6 trillions de dollars fin 2024, dépassant l’intégralité du marché européen à 16,1 trillions de dollars.
Le phénomène de concentration des indices n’est pas nouveau
Durant les Nifty Fifty (période de marché haussier tirée par une cinquantaine de grandes valeurs américaines de croissance) et la bulle Internet, la surperformance du S&P 500 (qui est l’indice pondéré par la capitalisation boursière, à savoir que plus la capitalisation d’une société est élevée et plus son poids dans l’indice est important) a été deux fois supérieure en moyenne à celle du S&P 500 équipondéré. Mais lorsque la tendance se retourne (début des années 1970 pour les Nifty Fifty et début des années 2000 pour la bulle Internet), l’indice équipondéré surperforme l’indice pondéré sur une longue période.
Les risques d’un retournement
Ray Dalio (le fondateur de Bridgewater) a récemment lancé un avertissement concernant une bulle boursière américaine en comparant l’enthousiasme des investisseurs pour l’intelligence artificielle à la bulle internet des années 2000. S’il est toujours extrêmement difficile de savoir quand une bulle va éclater, l’histoire nous apprend qu’il peut y avoir au moins deux raisons. La première est celle que nous enseigne le capitalisme : il est très difficile pour un leader de maintenir durablement une position dominante. Ainsi, parmi les dix plus grandes capitalisations américaines en 2000, seule une subsiste: Microsoft (qui fait partie des « 7 magnifiques »).
La deuxième raison est la loi des grands nombres : il est de plus en plus difficile de faire croître ses bénéfices à un niveau élevé de manière durable. Aussi, on constate qu’une normalisation va s’opérer en 2025, avec le taux de croissance des bénéfices des « 7 magnifiques » qui converge vers celui du marché. Et comme les valorisations des « 7 magnifiques » sont en moyenne deux fois supérieures, la conséquence d’un ralentissement de la croissance devrait se traduire par une baisse du cours des actions.
Ce phénomène de normalisation peut à lui seul être suffisant pour que la vague arrête de monter. La plus grande incertitude est de savoir si les plans d’investissement massifs dans l’IA en 2025 (100 milliards pour Amazon, 80 milliards pour Microsoft, 75 milliards pour Google) se traduiront par une réaccélération des bénéfices, au moment où des menaces apparaissent (régulation, compétition avec DeepSeek). Dans le cas contraire, ce sera un rappel douloureux pour l’investisseur : à savoir que succès technologique ne rime pas toujours avec succès d’investissement.